Introduction à la distribution continue de MII

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Introduction à la distribution continue de MII

Cette section propose un résumé du processus de distribution continue (DC). Pour obtenir une description plus détaillée, notamment sur les modalités d’approvisionnement, les canaux, la durée, les objectifs, le coût pour l’utilisateur, le mode d’acheminement, les choix dont disposent les utilisateurs, et le secteur, consultez le document Distributions continues de moustiquaires imprégnées longue durée : Guide pour la conception et la planification.

Présentation générale

La distribution continue (DC) joue un rôle primordial dans le maintien de la couverture universelle en MII. Le terme « distribution continue » englobe toute une gamme de canaux utilisés pour l’acheminement des MII. Les planificateurs doivent prendre en compte les besoins et contextes particuliers de chaque pays pour sélectionner la ou les méthodes de DC les mieux adaptées dans le cadre d’une stratégie cohérente en matière de MII. Les méthodes de DC doivent être conçues et gérées en tenant compte du plan global en matière de MII et des plans établis pour d’autres canaux de DC. Ce point essentiel doit servir de fil rouge à toutes les étapes de conception, de planification et de mise en œuvre.

Qu’est-ce que la distribution continue (DC) ?

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) préconise la mise en œuvre à la fois de campagnes de distribution massive à grande échelle et de méthodes de distribution continue (DC) dans le cadre d’une stratégie multicanal visant à atteindre et maintenir l’accès universel aux moustiquaires imprégnées d’insecticide (MII). Les stratégies de distribution continue font appel à des canaux autres que les campagnes de distribution massive pour assurer l’acheminement des MII et englobent la distribution de routine des MII lors de consultations aux cliniques de soins prénatals (CPN) et visites de vaccination (PEV), ainsi que dans le cadre de programmes scolaires et communautaires, et par le biais du secteur commercial privé, y compris le marketing social.

Un cadre de classification et de description des mécanismes de distribution

Différents mécanismes sont utilisés ou proposés pour assurer la distribution continue de MII. Tous les mécanismes de distribution comportent différentes composantes qui doivent être sélectionnées en fonction du contexte et des besoins locaux. Kilian et al., 2009 décrivent un système de classification des mécanismes de distribution de MII, au sein duquel chaque mécanisme est défini par six critères (canal de distribution, durée, population cible, coût pour l’utilisateur, choix et secteur). Plusieurs mécanismes de distribution peuvent être associés pour atteindre un objectif stratégique global spécifique contre le paludisme.

 

Défis liés à la distribution continue de MII

Depuis le début des années 2000, la distribution continue de MII est une composante importante de toute stratégie globale en matière de MII. De nombreux pays possèdent une vaste et longue expérience dans la mise en œuvre de certains mécanismes de distribution continue de MII. En dépit des années d’expérience collective et de certains pays, la plupart des programmes de DC continuent de rencontrer des difficultés à maintenir un service de bonne qualité. Cela s’observe notamment dans la fréquence des ruptures de stock, les problèmes de reporting et de responsabilité, ainsi que la diffusion et l’impact sur l’égalité d’accès. Voici les défis spécifiques à prendre en considération lors de la planification et de la gestion de programmes de DC :

  • Veiller au financement régulier et ininterrompu pour éviter les déficits de financement et satisfaire les besoins nationaux en matière de MII, ainsi que sur le plan logistique et opérationnel.
  • Veiller au décaissement des fonds en temps voulu pour éviter les retards et réductions du financement alloué à l’approvisionnement en MII, aux frais de dédouanement et de transport et autres coûts logistiques et opérationnels.
  • Veiller à l’élaboration de budgets clairement définis pour couvrir le coût supplémentaire de prestation des services de lutte contre le paludisme, par le biais des canaux existants.
  • Éviter la duplication des efforts de planification, d’affectation des outils, de développement des ressources, de formation et de supervision pour plusieurs canaux de DC conçus et déployés à des périodes différentes.
  • Assurer et maintenir l’appropriation du processus par les personnels de la région, du district ou autres intervenants concernés, qui considèrent la distribution de MII comme étant la responsabilité du Programme national intégré de lutte contre le paludisme (PNLP) ou d’un bailleur de fonds particulier, non pas comme faisant partie d’un programme sanitaire intégré, des responsabilités d’une communauté ou du rôle de l’école.
  • Éviter les pertes de motivation ou l’affaiblissement général des normes de service, en raison des surcharges de travail subies par les personnels, en particulier dans les établissements de santé. Ces personnels ont souvent un rôle à jouer dans la plupart, voire la totalité, des autres canaux de DC, notamment en matière de supervision, de réapprovisionnement des stocks et du matériel, de gestion des données, de formation et de remise à niveau, et de suivi et d’évaluation (S&E).
  • Maintenir les niveaux de stocks de MII et des ressources de suivi associées.
  • Maintenir des niveaux élevés de transparence et de responsabilité pour prévenir, détecter et atténuer l’impact de la fraude, du vol ou du détournement de MII.
  • Réduire au maximum le nombre de groupes hors cible recevant des MII, au risque de compliquer la quantification et la planification, et de poser des problèmes potentiels aux bailleurs de fonds.
  • Gérer la sensibilisation et les points de vue des communautés sur :
    • Les raisons pour lesquelles les MII sont disponibles pour certains groupes cibles seulement.
    • Les lieux où il est possible de se procurer des MII et les critères d’éligibilité, pour encourager l’adoption.
    • Transmettre les MII à d’autres familles lorsque la famille d’un bénéficiaire dispose d’un accès suffisant.

La plupart de ces difficultés concernent le financement et la gestion des achats et des livraisons, des aspects importants qu’il convient de traiter lors de la planification et de la gestion de la DC. Des mécanismes de coordination doivent être utilisés pour mobiliser un groupe de parties prenantes actives et engagées, qui peuvent apporter une assistance continue pour suivre les progrès réalisés, trouver des solutions lorsque les problèmes surviennent et anticiper les problèmes avant leur survenue. Les messages de sensibilisation provenant de différents partenaires peuvent favoriser l’esprit de coopération et de communauté d’objectifs parmi les parties prenantes principales, rendant ainsi certains de ces problèmes plus faciles à résoudre.

Méthodes de DC courantes

Les canaux DC les plus courants utilisés actuellement sont les canaux de distribution de routine par l’intermédiaire des établissements de santé, en particulier dans le cadre de consultations aux cliniques de SPN ou PEV, les distributions communautaires faisant appel à diverses structures au sein des communautés, les distributions scolaires aux élèves, ainsi que les démarches collaboratives ou facilitées par le secteur privé pour assurer l’accès étendu à des MII abordables et de qualité sur le marché libre. Ce tableau décrit certaines des caractéristiques propres à chacun mécanisme, accompagnées d’exemples de pays ayant utilisé cette approche.

Il est recommandé, dans la mesure du possible, que la distribution de routine par l’intermédiaire des établissements de santé, aux femmes enceintes dans le cadre de consultations aux cliniques de SPN et aux nourrissons à l’occasion des visites de vaccination (PEV), constituent les canaux de distribution continue prioritaires afin de veiller à ce que les populations biologiquement vulnérables aient toujours accès aux MII. D’autres mécanismes complémentaires peuvent être ajoutés, selon le besoin, car les canaux de distribution par CPN et PEV seuls ne permettent pas de garantir un accès universel, s’ils ne sont pas associés à des campagnes de distribution massive.

Quel que soit le mix de canaux sélectionné, il convient de souligner, et de garder constamment à l’esprit, l’importance des liens étroits tout au long du cycle de planification et de gestion. Pour un rappel des liens entre les différents canaux, voir le tableau ci-dessous.

Avantages et inconvénients potentiels d’une distribution de routine de MII

La distribution de routine de MII s’effectue par le biais de canaux « de routine » (c.-à-d. déjà établis pour d’autres services de routine, en général, les établissements de santé). L’intégration de la distribution de MII dans le cadre de la prestation de services de santé de routine présente de nombreux avantages, y compris ceux décrits dans le tableau ci-dessous. Prenez également en compte les inconvénients potentiels liés à l’intégration de la distribution de MII dans le cadre de la prestation de services de santé de routine lors de l’élaboration et de la mise en œuvre d’un programme de distribution de routine de MII, de façon à garantir la mise en place de mesures de sauvegarde et d’autres mécanismes visant à limiter l’effet de ces inconvénients.

Avantages et inconvénients potentiels d’une distribution de routine de MII

Avantages

Accès La distribution de MII via les services SPN et PEV favorise leur accès aux groupes biologiquement vulnérables, à savoir les femmes enceintes et les enfants de moins d’un an.
Participation Si l’utilisation des services de santé varie d’un pays à l’autre, l’accès de routine aux SPN et PEV est relativement élevé dans beaucoup de pays : en moyenne, plus de 80 % des femmes enceintes effectuent au moins une consultation prénatale et plus de 70 % des enfants ont au moins trois contacts vaccinaux (DPT3) dans la grande majorité (87 %) des pays.
Distribution Le fait d’intervenir au sein de systèmes de santé nationaux établis permet la distribution de MII par le biais de structures préexistantes dotées de capacités de stockage sécurisées et de personnels formés. Dans certains cas, les structures existantes sont soutenues par des systèmes complémentaires (par ex. les partenaires de lutte contre le paludisme, le secteur commercial), en particulier pour assurer l’entreposage et le transport des MII entre le port et les régions ou districts.
Éducation et promotion Le personnel de santé formé profite de l’opportunité que représente la consultation unique et bien établie avec les mères et le personnel soignant pour fournir des informations vitales sur le paludisme et promouvoir l’utilisation de MII. De même, du point de vue des professionnels et des responsables de la santé, la fourniture continue de MII gratuites ou largement subventionnées encourage l’utilisation des services de santé.

Inconvénients

Stockage Les MII volumineuses peuvent parfois poser problème dans les cas où les établissements de santé ne disposent pas de l’espace suffisant (lors de distributions directes).
Mouvements de personnel Le turnover peut entraîner une perte de personnel formé à la gestion de la distribution de MII, ce qui a pour effet de créer des lacunes quant aux connaissances nécessaires pour la distribution des MII et le reporting.
Ruptures de stock Même des ruptures de stock temporaires peuvent susciter la frustration des bénéficiaires et entraîner une baisse possible de la fréquentation des services de santé réguliers.

Même s’ils sont coûteux, un soutien et un suivi continus sont essentiels pour garantir un approvisionnement ininterrompu.

Surcharge du système de santé Les professionnels de la santé sont souvent surchargés, sous-payés, et travaillent dans des conditions difficiles. L’ajout d’un nouveau projet aux responsabilités existantes, en particulier les exigences en matière de reporting, peut être ressenti davantage comme un fardeau que comme un bienfait. Cela peut entraîner un manque de motivation du personnel dans l’effort de mise en œuvre si des mesures adaptées ne sont pas prises.
Suivi et évaluation Les systèmes d’information pour la gestion sanitaire (HMIS) constituent un vrai défi dans beaucoup de pays. Pour répondre aux exigences des bailleurs de fonds, les PNLP et les partenaires ont parfois été contraints de collecter des informations en parallèle avec les systèmes HMIS existants ou de fournir une assistance complémentaire à ces systèmes afin de garantir un reporting complet, exact et en temps opportun. Comme la distribution de routine des MII nécessite un reporting constant et une gestion des données à des périodes spécifiques tout au long de l’année, des systèmes robustes de reporting et de gestion des données doivent souvent être mis en place et suivis, ce qui alourdit la tâche incombant aux systèmes de santé.
Supervision Il est rare que les PNLP, en tant que divisions techniques du MdS dont ils dépendent, disposent d’une autorité hiérarchique dans la pyramide du système de santé. Étant donné que la supervision des services de soins prénatals et de santé pédiatrique revient en général aux divisions en charge de la Santé reproductive et de la Santé de la mère et de l’enfant, la coordination entre ces divisions du MdS et la répartition claire des responsabilités sont une priorité dès le démarrage de la planification du programme.

 

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